En Ituri, dans un contexte sécuritaire marqué par la recrudescence des violences contre les civils, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a organisé, du 8 au 12 avril, dans la ville de Bunia, une formation à l’intention de 30 défenseurs des droits de l’homme, issus des ONGs partenaires et de réseaux locaux.
Pour Halidou Ngapna, coordonnateur de l’unité Rapports et enquêtes du BCNUDH, cette formation axée sur le monitoring à distance, répond à un besoin crucial.
« Avec l’insécurité, plusieurs zones deviennent inaccessibles. Pourtant, les violations y persistent. Il est donc impératif de doter les acteurs locaux de méthodes sûres et efficaces pour documenter ces faits sans s’exposer inutilement », explique Halidou Ngapna, coordonnateur de l’unité Rapports et enquêtes du BCNUDH.
Et d’ajouter :
« le but de cette activité est de renforcer les capacités des partenaires pour continuer à documenter les informations sur la situation des droits de l’homme et améliorer la qualité de l’information que nous recevons et que nous partageons ».
À travers des modules interactifs allant de fondamentaux des droits humains à la rédaction de rapports, en passant par l’analyse des informations, la protection des victimes, des témoins et des sources, les participants ont renforcé leur capacité à documenter les violations dans des milieux difficiles d’accès : zones de conflit, prisons, sites de déplacés, etc.
Les thématiques liées aux violences sexuelles et aux considérations de genre dans le monitoring ont également été abordées, en réponse aux nombreux cas documentés ces derniers mois.
Une urgence persistante sur le terrain.
Rien qu’en janvier 2025, le BCNUDH a documenté 114 violations et atteintes aux droits de l’homme en Ituri, dont 66 exécutions extrajudiciaires ou sommaires. La majorité de ces abus sont attribués à des groupes armés actifs dans les territoires de Djugu et Irumu, notamment la CODECO, responsable à elle seule de 61 % des cas recensés.
Cette détérioration de la situation sécuritaire s’ajoute à celle des provinces voisines du Nord-Kivu et Sud-Kivu, où les combats entre le M23, les FARDC et d’autres groupes armés ont entraîné le déplacement de plus de 400 000 personnes depuis décembre 2024. Le BCNUDH a également recensé de nombreux cas de violences sexuelles, touchant particulièrement les femmes et les filles dans les zones affectées par l’insécurité.
Des outils pour mieux protéger, mieux agir.
Pour Jeannine Kabyahura, coordonnatrice provinciale de réseaux des associations des droits de l’homme, cette formation répondait à un véritable besoin :
« nous avions des difficultés à produire des rapports cohérents, surtout quand il s’agissait de monitoring à distance. Aujourd’hui, on repart mieux outillés, et avec des stratégies pour protéger nos sources et nous protéger nous-mêmes », a-t-elle indiqué.
Même constat du côté de Fallon Nzola, cheffe de la coalition des femmes défenseurs des droits humains en Ituri :
« grâce à cette formation, nous comprenons mieux les étapes pour un monitoring plus efficace. Nous allons pouvoir travailler de manière plus rigoureuse, surtout dans les zones sensibles comme les écoles, les prisons ou les villages en conflit. Avant cela, nous avions beaucoup de lacunes, ce qui a causé de nombreux problèmes, y compris des arrestations de défenseurs qui, faute de formation, ne savaient pas comment mener ce travail, surtout à distance », a-t-elle dit.
Un appui global, au-delà de la formation.
Outre l’aspect technique, cette formation était aussi un espace d’échange sur les défis concrets rencontrés sur le terrain : arrestations arbitraires, menaces, stigmatisation, manque de moyens.
Pour Constantin Alimasi, chargé de programmes du réseau des associations des droits de l’homme en Ituri, cette formation est d’une importance capitale:
« ce type d’atelier nous arme pour être plus crédibles. On ne peut plus se permettre de produire des rapports approximatifs. Et on a aussi appris comment protéger les témoins, les victimes, mais aussi les auteurs présumés, ce qui est essentiel pour préserver l’intégrité des enquêtes », a-t-elle ajouté.
Au-delà des formations, la MONUSCO, à travers le BCNUDH, assure un mentorat quotidien auprès des défenseurs des droits de l’homme pour les appuyer dans la collecte et le partage d’informations, le plaidoyer auprès des autorités, ainsi que leur protection en cas de menace grave, via un soutien logistique, juridique et financier.
S’agissant des victimes de violations, le Bureau offre également un accompagnement psychosocial, médical ou juridique, selon les besoins.
À l’issue de cette formation, les participants sont repartis avec un sentiment de renforcement, mais aussi de responsabilité : celle de transformer leur apprentissage en action, sur le terrain, au service de la vérité et de la justice et surtout des populations.
Anderson Shada Djuma/Beni








