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RDC : des millions de dollars gaspillés dans un projet agricole à Dibaya, un scandale qui rappelle Bukanga-Lonzo (Dossier)




À Dibaya, dans le Kasaï-Central, un projet agro-industriel censé relancer la production vivrière est en train de tourner au fiasco. Matériels agricoles abandonnés, bâtiments inachevés, tracteurs et camions immobilisés, ambulances rouillant sur place. Autant de signes d’un programme financé à coups de millions de dollars par l’État congolais, mais déjà à l’agonie. L’alerte est de l’Administrateur dudit territoire qui s’est confié ce jeudi 28 août à Actu30.cd.

‎« Ici, vous voyez tout le matériel, y compris les véhicules et les engins, totalement abandonnés. Pourtant, c’était un projet national, financé par l’État pour produire du maïs et du manioc en grande quantité », a dénoncé l’administrateur du territoire, lançant un cri d’alarme au Président Félix Tshisekedi afin que des responsabilités soient établies.

Un air de déjà-vu : le spectre de Bukanga-Lonzo

‎L’histoire de Dibaya fait rappelle immédiatement le projet agro-industriel de Bukanga-Lonzo, lancé en grande pompe en 2014 sous le régime de Joseph Kabila. Présenté à son temps comme la solution pour réduire la dépendance alimentaire de la RDC, ce projet-phare de plus de 280 millions USD avait bénéficié de financements colossaux, avec l’appui de la société sud-africaine AFGRI.

‎Objectif affiché : transformer 80 000 hectares en un hub moderne de production de maïs destiné à approvisionner Kinshasa et d’autres grandes villes du pays. Mais, dès 2017, le site s’est transformé en champ d’abandon : engins laissés à la rouille, infrastructures délabrées, dettes impayées et accusations de détournement.

‎En 2020, un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) avait pointé du doigt la mauvaise planification, les surfacturations et l’opacité dans la gestion du projet, recommandant des poursuites judiciaires notamment contre l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo.

Dibaya : un nouveau scandale en gestation

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‎À Dibaya, le constat est similaire. Le projet confié à la société Bio Agro Business (BAB) devait booster la production vivrière, en particulier le maïs et le manioc. Selon les informations de l’administrateur du territoire, des dizaines de millions de dollars avaient été mobilisés dès 2020 pour l’achat de matériel moderne : tracteurs, camions-ateliers, ambulances, pièces de rechange et équipements logistiques.

‎Aujourd’hui, tout est à l’arrêt. « Même les bâtiments administratifs sont restés inachevés », regrette l’administrateur du territoire, qui plaide pour une intervention rapide des autorités centrales afin de sauver ce qui peut encore l’être.

Le fil rouge : absence de redevabilité et impunité persistante

‎Que ce soit à Bukanga-Lonzo ou à Dibaya, les ingrédients semblent identiques : investissements publics massifs sans transparence, absence de suivi et de contrôle, équipements abandonnés avant même d’être rentabilisés, silence de la justice.

Appel à l’action : juger les auteurs et sauver les acquis

‎La société civile appelle à tirer les leçons de ces échecs répétés. « Il ne suffit pas de lancer des projets agricoles pharaoniques. Il faut un mécanisme clair de reddition des comptes et des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces gaspillages », ont indiqué à Actu30.cd, des acteurs de la société civile locale.

‎Pour l’administrateur de Dibaya, la balle est désormais dans le camp des autorités :

‎« C’est au nom de la population que je lance ce cri d’alarme. Nous ne voulons pas que Dibaya devienne un autre Bukanga-Lonzo », a-t-il déclaré.

‎Le dossier de Dibaya illustre les dérives structurelles de la gouvernance agricole en RDC : projets ambitieux, financements massifs, mais absence de résultats concrets. Tant que les responsables ne seront pas identifiés et traduits devant la justice, le risque demeure que chaque nouveau projet agricole devienne un « éléphant blanc » engloutissant des milliards sans bénéfice pour la population.


James Mushiya

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