Présidence de la CENI : « Tshisekedi botte en touche le duo CENCO-ECC » (Tribune de Muntu Habacuc)

Le ciel électoral 2023 s’assombrit en République démocratique du Congo. Les ingrédients du décor de la contestation pré-électorale sont presque tous déjà réunis. L’un d’entre eux est occasionné par la désignation du remplaçant de Corneille Nangaa Yebeluo aux commandes de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) dont le processus piétine de plein pied. A cela s’ajoute, la mise à l’écart tacite par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo du tandem Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) – Eglise du Christ au Congo (ECC) dans la nouvelle formule empruntée en vue d’aboutir à la succession du président sortant de la Centrale électorale arrivé fin mandat depuis, plus d’une année.

Décryptage

En effet, les huit traditionnelles confessions religieuses, dont les textes légaux en vigueur leur reconnaissent le privilège de choisir par consensus une personne physique dont la probité morale et éthique ainsi les capacités techniques et managériales ne devraient faire l’objet d’aucune compromission reconnue au niveau national et international, sont loin d’accorder leurs violons.

Après l’impasse enregistrée lors des réunions du 7 et 8 juin 2020, organisées par ladite plateforme à la demande de la présidente de l’Assemblée nationale, Madame Jeannine Mabunda, en vue de désigner un candidat à présenter pour briguer la présidence de la Céni, le blocage est resté de mise. Lors de ces assises, il s’est clairement dégagé deux blocs des religieux à savoir le duo « Cenco-ECC » opposé à la désignation de Ronsard Malonda qui, jusqu’ici, assume les fonctions de secrétaire exécutif national de la Céni et par ricochet, est présenté par une certaine opinion comme cerveau moteur de la débâcle électorale des législatives 2018. Ce, c’est sans compter les soupçons de corruption ainsi que d’allégeance au dictat des politiques dénoncés dans le chef des religieux qui soutiennent la candidature de M. Malonda.

Et d’autre part, six de huit confessions siégeant au sein de la plateforme constituent le second bloc qui réunit les Musulman, Kimbanguiste, Réveil, Orthodoxe, Salutistes et Indépendantistes du Congo. Ces derniers, pour leur part, dénoncent l’hégémonie du duo « CENCO-ECC » contre leur candidat Malonda, alors que resté seul en lice, après élimination progressive, en plus des intentions de vote lui conférées pour conduire le processus électorale 2023.

Des rebondissements

Cependant, il sied de noter que l’Eglise de Jésus-Christ sur la terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu (EJSKA) dite « Eglise Kimbanguiste » qui aurait porté la candidature de Ronsard Malonda pour briguer la présidence de la Céni, rejette ces allégations véhiculées dans l’opinion.
Dans une mise au point faite, le 19 juin 2020, depuis la citée de Nkamba, l’Eglise Kimbanguiste précise « que M. Malonda Ngimbi Ronsard n’est pas fidèle encore moins candidat de l’Eglise Kimbanguiste à la Céni».

Et de poursuivre : « l’Eglise Kimbanguiste, jusqu’à preuve du contraire n’a jamais été sollicitée en ce qui concerne la candidature à la présidence de la Céni. Nous attendons la sollicitation officielle pour que Nkamba siège…», a déclaré le Rév. Katembo Meya, représentant légal 1ier suppléant en charge de Discipline et Réconciliation. Ces positions contradictoires soulèvent une fois de plus la question du caractère « transparent » de ce qu’aura été le processus de désignation de ces candidats. Certains observateurs croient que l’ulcère proviendrait de la Commission d’intégrité et médiation électorale (CIME), organe technique de la plateforme des chefs des confessions religieuses qui se substituerait à ses missions et surtout que certains représentants des Chefs religieux se permettraient trop de libertés dans les engagements avec les candidats être mandatés. (Dossier à suivre )

Clameur publique

Par ailleurs, face à cette cacophonie qui jette le discrédit sur certains leaders religieux et paralyse, en même temps, la mise en place de nouveaux animateurs de la Centrale électorale devant conduire le cycle 2023, des voix se sont levées pour appeler, en outre, l’audit de l’équipe « Nangaa » ainsi que la réforme de l’appareil électoral comme préalable à toute démarche électorale. La médiation en faveur d’un consensus au sein de la plateforme des chefs religieux qui devrait être pilotée par une organisation internationale religieuse à l’instar de la CETA ou autre, à défaut de celle du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a été vivement souhaitée par l’opinion.

Quand Tshisekedi entre en danse

A en croire des indiscrétions glanées dans les couloirs de la Citée de l’Union Africaine à Kinshasa (NDLR : Bureaux du président de la République), le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi s’est résolu d’apporter sa sagesse en tant que garant du bon fonctionnement des institutions de la République pour une issue harmonieuse et consensuelle au cul-de-sac auquel s’est buté les chefs des confessions religieuses. Il a, par ailleurs, affirme l’un des proches conseillers du président de la République, déjà reçu le bloc des six confessions religieuses qui soutient la candidature de Ronsard Malonda. Une drôle de médiation, chuchote-on dans les salons huppés de la « ville haute » de Kinshasa, quand on sait, dit-on, que le « Médiateur » a, jusqu’à ce jour, snobé le bloc « CENCO-ECC » dans sa démarche, dès lors qu’il s’est opposé à la démarche de leurs pairs.

Le pouvoir appelle le pouvoir

Cependant, officiellement, rien n’a filtré de l’entrevue, du Chef de l’Etat et le bloc des six. En outre, des sources recoupées font état d’une sévère mise en garde du président de la République à l’endroit des six confessions religieuses quant au candidat qu’il préconiserait, Ronsard Malonda. « Tous, sauf lui », a tapé du poing sur la table le « Chef », affirment les rapporteurs. D’autre part, le président de la République n’a pas non plus apporté son soutien aux postulants du tandem « CENCO-ECC ».

Félix Tshisekedi aurait préconisé à ces derniers l’alternative d’un dénommé « Kadima » qui serait actuellement en dehors du pays (Diaspora) dont il aurait une certaine emprise à l’image d’un guide éclairé.

En contrepartie, les six confessions religieuses auraient sollicité du président de la République une protection particulière au regard de l’indépendance dont ils devraient faire preuve devant leur bourreaux politiques, d’hier (Comprenne qui pourrait). Ce que, indique les mêmes sources, le garant du bon fonctionnement des institutions n’aurait pas manqué d’être sensible à la demande.

Politique politicienne

Si, par ailleurs, ces faits s’avèrent vrais, le président de la République aura soufflé le chaud et le froid.
Pour des fins limiers, Tshisekedi en sa qualité d’animal politique ne laisserait pas la Céni entre des mains compromises car sa survie politique en dépend.

« Il lorgne d’ores et déjà de se succéder à lui-même. Outre le goût du pouvoir, Tshisekedi voudra revenir à la charge car son premier quinquennat n’aura pas produit les effets escomptés qui risquent de noyer sa formation politique l’UDPS, à l’instar du Palu de feu Antoine Gizenga Fundji … », estime un observateur de la scène politique congolaise.

En courtisant le bloc des six confessions religieuses au détriment du duo « Cenco-ECC » qui représente plus de 80% de l’assise populaire, le président de la République serait-il en train de faire le choix de ceux qui « créent » en dernier ressort le président de la Céni conformément à l’article 17 de la Charte des confessions religieuses? La question vaut son pesant d’or.

Est-il que, un tel choix répondrait, sans doute, aux impératifs politiciens tout en foulant aux pieds la mémoire de ceux qui auront payés de leur vie pour l’instauration d’un Etat de droit à l’instar de feu Etienne Tshisekedi, Thérèse Kapangala…

Bataille non conventionnelle

Dans le cas d’espèce, Félix-Antoine Tshisekedi aura ouvert deux fronts directs qui pourront engendrer la fragilisation de la paix mitigée et la déstabilisation des institutions de la République qui, à peine sous un voile limpide, laisse transparaitre une bataille non conventionnelle qui sévit déjà dans le pays.
De cette chronologie des faits, le premier champ de bataille sera ouvert contre le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, partenaire majoritaire de la coalition au pouvoir dont le soutien tacite à la candidature de Ronsard Malonda ne serait pas difficile à démontrer. « Le semblant de silence du FCC à cette question le trahit dans la mesure où le peuple connait la volupté oratoire de ses acteurs au regard des questions d’intérêt similaires. A travers la CIME, le FCC contrôle le choix du président de la Ceni avant de l’entériner au Parlement qui lui acquis », indiquent plusieurs observateurs.

De ce point de vue, après que Tshisekedi ait passé le cap du bloc des six, il devrait y laisser des plumes, si pas des « sous » à l’Assemblée nationale, dont les députés réclament une augmentation de USD 2000 ainsi que 50% de plus sur les frais de fonctionnement.

Guerre contre « le peuple d’abord »

Dans le second flanc, Félix-Tshisekedi aura sur son dos le duo « CENCO-ECC » qui, à lui seul peut mobiliser plus de 80% de la population congolaise sans compter la diaspora. Botter Catholiques et Protestants en touche sur la question de la désignation du président de la Céni au regard des intérêts particulier pour s’abreuver de pouvoir serait contre-productif. En d’autres termes, ce serait livré une bataille sans merci contre « le peuple d’abord » dépositaire du pouvoir institutionnel dont les intérêts sont laissés pour compte depuis plusieurs décennies.

Cette option confortera le lit de la contestation pré-électorale comme lors de tous les cycles qu’a connu la RDC. Cela irait à l’encontre du discours démocratique qu’a embouché le président de la République depuis bien avant son accession au pouvoir.

Appel au consensus

Par ailleurs, en sa qualité d’acteur politique, Félix-Tshisekedi sait pertinemment bien qu’il aura une marge de manœuvre réduite, si jamais, il s’embarquait sur ces deux voies assimilables à un coup de force.

En sa qualité de fin diplomate, beaucoup estiment que Tshisekedi saura arracher le juste consensus tant au niveau des huit traditionnelles confessions religieuses que sur le plan politique, car la préservation de la paix sociale et sécuritaire en dépend. Point n’est besoin de replonger le pays dans des cycles infernaux de violences électorales alors que le peuple attend revivre dignement dans son propre pays. Comme l’a dit Patrice Emeri Lumumba, « Le peuple Congolais a besoin du pain ». Et ce pain, il ne l’aura, aujourd’hui, qu’à travers la récupération véritable de son pouvoir dans la désignation libre, démocratique et transparente de ses gouvernants. Lequel pouvoir ne lui sera conféré que par la désignation en fonction des valeurs éthiques et morales mais aussi techniques et managériales des animateurs de la Centrale électorale.

Dans le même ordre d’idée, une évaluation, mieux, une introspection de ce qu’aura été notre parcours électoral s’impose à nous pour envisager des lendemains meilleurs. Le président Tshisekedi n’aurait-il pas lui-même comme le peuple, affirmer que le système électoral actuel aura démontré ses limites pour certaines échéances ?
« Les mêmes causes produisent les mêmes effets », dit-on. « Le peuple d’abord », souverain de son état, n’a pas encore dit son dernier mot. Il vous observe, les « politicailleurs ».

Habacuc Muntu

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