« Tout le matériel, y compris les véhicules et les engins, est totalement abandonné. » Cette déclaration accablante provient de l’Administrateur du territoire de Dibaya, dans la province du Kasaï-Central, qui, à travers une vidéo devenue virale et les lignes de notre média, a dénoncé la « débâcle du Programme volontariste agricole » (PVA) à Lubondaie.
Le programme repose sur un partenariat entre l’État congolais, DEM Group comme fournisseur, et la société Bio Agro Business (BAB) comme gestionnaire. Il concerne principalement six sites : Mongata (Kwango), Nkundi (Kongo Central), Nkuadi (Kasaï Oriental), Ruzizi, au (Sud-Kivu), Sakadi (Haut-Lomami) et Lubondaie (Kasaï-Central).
En réaction, BAB souligne que contrairement à l’impression d’opacité et de mauvaise gestion générale véhiculée, le Programme Volontariste Agricole (PVA) est un partenariat tripartite structuré entre l’État Congolais, la société DEM (fournisseur) et la société Bio Agro Business (BAB, le gestionnaire).
Faisant référence au document de cadrage du projet, elle note, dans sa mise au point, l’origine des dysfonctionnements. Ci-dessous les détails.
1. La responsabilité première du fournisseur DEM est clairement établie.
L’article évoque un gaspillage de « millions de dollars financés par l’État ». Il est crucial de préciser que cet argent a été octroyé via un crédit fournisseur à la société DEM. En contrepartie, DEM s’est contractuellement engagée à :
· Livrer le matériel agricole.
· Construire les entrepôts de stockage et les unités de transformation (séchoirs, silos, minoteries).
· Assurer la maintenance de l’ensemble pendant 3 ans.
Or, le constat officiel est sans appel : DEM n’a pas rempli ses obligations majeures. Le matériel a été livré, mais les infrastructures clés (entrepôts, silos) n’ont pas été construites, et les unités de transformation sont partiellement montées et non opérationnelles. L’absence de maintenance, pourtant prévue contractuellement, a directement conduit à la dégradation du matériel exposé aux intempéries
2. La société gestionnaire BAB est injustement mise en cause
« Bio Agro Business n’est que le gestionnaire des sites agricoles en parfait état de fonctionnement et n’a reçu aucun financement de l’Etat pour l’acquisition des matériels agricoles, fournitures, infrastructures et usines ».
Comment BAB pourrait-elle produire, transformer et commercialiser sans les usines, sans les silos et sans les entrepôts qui sont la condition sine qua non de son intervention ? La société est, de fait, dans l’impossibilité technique d’exécuter son mandat de gestionnaire en l’absence des infrastructures dont la construction incombait à DEM.
3. La comparaison avec Bukanga-Lonzo est réductrice et inexacte.
Si le spectacle d’équipements à l’abandon est malheureusement similaire, la nature du problème diffère. Bukanga-Lonzo était un scandale de gestion et de détournement. À Lubondaie, il s’agit avant tout d’un défaut criant d’exécution contractuelle par un fournisseur. Le parallèle, bien que compréhensible visuellement, occulte la racine contractuelle du problème et risque de détourner l’attention du véritable responsable : le fournisseur défaillant.
4. Les actions entreprises et la voie à suivre.
Il est inexact de suggérer une absence totale de réaction. En effet, « plusieurs mises en demeure ont été adressées au fournisseur » et, aussi, « un plaidoyer a été mené auprès du Gouvernement ». La lenteur administrative et la difficulté à faire appliquer le contrat sont bien réelles, mais des démarches sont en cours.
La solution n’est pas de condamner un projet vital pour la sécurité alimentaire du Kasaï Central, mais d’exiger de la société DEM qu’elle honore ses engagements : terminer immédiatement la construction des infrastructures et compenser les préjudices liés à son retard. L’État doit, de son côté, utiliser tous les leviers juridiques et contractuels à sa disposition pour contraindre DEM à respecter ses obligations.
Conclusion
Plutôt que de parler prématurément de « scandale » et de « fiasco », nous invitons la presse à investiguer sur le non-respect du contrat par le fournisseur DEM. La population de Dibaya a raison d’être en colère, mais cette colère doit être canalisée vers la bonne cible. Le véritable enjeu est la redevabilité des partenaires contractuels de l’État. C’est en assurant l’exécution des contrats et en sanctionnant les défaillances que l’on évitera les futurs Bukanga-Lonzo, et non en arrêtant les projets de développement agricole dont la RDC a un besoin crucial.








