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Kinshasa : « Taxi Moto ekota ville te », quand une mesure de sécurité se transforme en business pour des policiers (Dossier)



Le vendredi 9 septembre dernier, au cours de la 53ᵉ réunion du Conseil des ministres, le Président de la République instruisait formellement le gouvernement de limiter la circulation des taxis-motos (wewa) dans le centre-ville de Kinshasa. L’objectif affiché, réduire les risques d’accidents, mieux encadrer l’activité et sécuriser les usagers. Mais sur le terrain, cette décision s’est muée en une véritable rente pour certains agents de l’ordre, accusés de transformer l’application de la mesure en business parallèle.

Une décision présidentielle claire

‎Selon le compte rendu de cette décision, trois mesures ont été fixées aux motards :

‎• le port du casque par le conducteur et son passager;
‎• l’identification rigoureuse des motos pour assurer leur traçabilité;
‎• et surtout, l’interdiction formelle d’accès au centre-ville de la Gombe, avec une activité cantonnée aux zones périphériques.

‎Une mesure de sécurité qui, en théorie, visait à protéger les vies humaines et à fluidifier la circulation.

Des motards divisés, une police déterminée

‎Si certains motards ont choisi de se plier à la règle, d’autres continuent de fréquenter les grandes artères de la Gombe, au risque d’être interceptés par la Police nationale congolaise (PNC).
‎Les agents, déployés en nombre, se veulent intransigeants. Mais la rigueur attendue se heurte à des pratiques de corruption dénoncées par plusieurs conducteurs.

Quand la loi devient un « business »

‎Samedi dernier, sur le tronçon Huilerie–Regideso, un motard a été arrêté brutalement. Casque au coude, il proteste : « Laissez-moi, j’ai fait quoi ? ». L’agent de l’ordre réplique : « Tu ne sais pas que l’autorité a interdit les motos en ville ? À cause de ton manque de respect, ta moto va entrer au camp ».

‎Après une négociation musclée, la « sanction » se transforme en transaction : de 40 000 FC exigés, l’amende improvisée tombe à 17 000 FC. « Pesa ye clé akende, aza petit na nga », lâche l’agent à son collègue en lingala, signifiant « rends-lui la clé, c’est mon petit ».

‎Pour de nombreux motards, ce scénario est devenu quotidien : payer pour récupérer leur outil de travail, sous peine de le perdre définitivement.

Les motards dénoncent un calvaire

‎Rencontré au niveau de l’UNISIC (ex-IFASIC) ce lundi, un conducteur témoigne :

‎« Depuis que le chef de l’État a annoncé cette mesure, nous ne sommes plus à l’aise. Si on nous arrête, c’est le début de la souffrance. On nous arrache les affaires et pour récupérer la moto, il faut payer des sommes exorbitantes. Parfois, on perd même la moto. », a-t-il déclaré.

‎Pourquoi alors continuer à braver l’interdiction ? La réponse est simple, les gains sont meilleurs en ville.

‎« Une course ici peut rapporter 7 000, parfois 10 000 FC, et les routes sont asphaltées. En périphérie, c’est beaucoup moins rentable », explique-t-il.

‎Face à cette situation, les motards demandent un assouplissement de la mesure :

‎« Qu’on nous interdise le boulevard, mais qu’on nous laisse les routes secondaires. La moto est notre seule source de revenu, elle nourrit nos familles », plaide l’un d’eux.

Entre sécurité et abus : trouver l’équilibre

‎Le dossier met en lumière un double défi Pour la police, faire respecter la loi avec professionnalisme et sans abus ;
‎les motards, se conformer aux instructions présidentielles, dans le respect des règles de sécurité.

‎Sans un dialogue sérieux entre autorités et acteurs du secteur, la mesure conçue pour protéger, risque de rester perçue comme une source de frustration et un guichet noir pour certains agents.

Mushiya

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