La Fondation Konrad Adenauer a organisé ce jeudi 26 février 2026, à Kinshasa, un symposium international intitulé « 20 ans de la Constitution congolaise : enjeux, pratiques et défis ».
L’événement a réuni plusieurs experts, juristes et politiques pour discuter de l’application de la Constitution depuis sa promulgation en 2006 et réfléchir aux défis actuels et futurs du pays.
Ingo Herbert, ambassadeur d’Allemagne en RDC, a retracé l’évolution du constitutionnalisme allemand, de la République de Weimar jusqu’à l’adoption de la Loi fondamentale après 1945.
Il a montré comment les failles institutionnelles, telles que l’hyper-pouvoir présidentiel et la fragmentation politique, ont facilité l’arrivée au pouvoir de Adolf Hitler et l’instauration de la dictature.
Le diplomate a insisté sur les leçons tirées par l’Allemagne : construire un système constitutionnel solide fondé sur la protection stricte des droits fondamentaux, la limitation des pouvoirs exécutifs et des mécanismes de défense de la démocratie. Il a proposé, pour l’Afrique, de garantir des droits intangibles, de renforcer les garde-fous institutionnels, d’adapter les constitutions aux réalités locales sans fragiliser la démocratie et d’impliquer davantage les citoyens dans les processus constitutionnels.
D’autres panélistes, tels que Giles Badet, secrétaire général de la Cour constitutionnelle du Bénin, et Théodore Holo, professeur de droit et ancien président de la Cour constitutionnelle béninoise, ont souligné l’importance de l’éducation civique. Selon eux, elle permettrait d’éviter que les régimes changent la Constitution en cours de mandat et de prévenir les coups d’État constitutionnels. Ils ont également insisté sur le rôle central des commissions électorales pour que seule la volonté du peuple soit prise en compte.
Sur la question d’un éventuel changement ou modification de la Constitution congolaise, Erik Kennes, Senior Fellow au Royal Egmont Institute, a appelé à un débat inscrit dans la durée. Il a recommandé de l’inscrire dans une dynamique globale, telle que le pacte social pour la paix proposé par la CENCO et l’Église du Christ au Congo, afin d’aborder tous les aspects, y compris les sujets sensibles, plutôt que de limiter la discussion à un dialogue politique centré sur le partage des postes.
Abordant la structure politique instituée par le Constituant de 2006, Jacques Djoli Eseng’ekeli, professeur d’université et rapporteur à l’Assemblée nationale, a dénoncé les lacunes institutionnelles, notamment le passage de 11 à 26 provinces sans politique infrastructurelle adaptée et le pouvoir excessif du ministre de l’Intérieur sur les gouverneurs.
Il a salué l’actuelle Constitution comme socle du vivre-ensemble, tout en appelant à un débat dépassionné, impliquant l’ensemble des Congolais. Pour lui, ce débat doit porter sur la refondation du pays, la défense de l’intégrité territoriale, la gestion des ressources naturelles et l’appropriation de la Constitution au quotidien.
Enfin, Marcel Wetsh’okonda, professeur de droit à l’Université de Kinshasa et l’un des rédacteurs de la Constitution du 18 février, a rappelé que ce texte fondamental a été rédigé par des Congolais, les experts étrangers n’ayant joué qu’un rôle technique. Il a souhaité que tous les rapports des commissions, depuis les travaux préparatoires jusqu’à la promulgation, soient rendus publics et largement diffusés afin de mieux éclairer l’opinion sur l’élaboration de la loi fondamentale.
Dans son allocution de clôture, Timo Roujean, représentant résident de la KAS, a souligné l’importance de cette Constitution, qui n’est pas seulement un texte technique, un texte scientifique, mais qui représente l’esprit et l’âme d’une nation et d’un peuple. À l’en croire, la Constitution devrait représenter l’âme de cette nation et de ses citoyens.
Timo Roujean a indiqué que le grand travail pour la refondation de la RDC doit être la réconciliation des âmes. Il a appelé le peuple congolais à participer à cette réconciliation citoyenne de l’État congolais.
La Fondation Konrad Adenauer a annoncé son intention de poursuivre ces réflexions à travers d’autres rencontres et publications afin de nourrir le débat public autour de ces questions essentielles pour l’avenir démocratique de la République démocratique du Congo.
Josué Bengbazo








