• actu 30 200 x 1200px

Occupation de Bukavu : « chers députés, le peuple du Sud-Kivu ne vous a pas élus pour que vous muiez en figurants silencieux » (Déclaration des mouvements citoyens)

Des mouvements citoyens du Sud-Kivu ont lancé une sévère charge contre les députés nationaux élus de la province et contre le projet de révision constitutionnelle porté par l’union sacrée de la Nation, dans un contexte de crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC.

Dans une déclaration commune publiée le 25 mai 2026 sous le titre « Interpellation citoyenne des 32 élus du Sud-Kivu par les mouvements citoyens face à la crise actuelle », ces organisations dénoncent le silence des élus face à la souffrance des populations confrontées à la guerre, à l’effondrement économique et à la crise humanitaire provoqués par l’occupation de plusieurs zones par l’AFC/M23.

Les signataires estiment que les députés du Sud-Kivu ont abandonné leur mission de représentation et de contrôle parlementaire pendant que la province traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente.

« Depuis quinze mois, notre province s’enfonce dans une précarité continue et insoutenable, le tissu économique est exsangue, le système bancaire est inopérant, les frontières avec nos voisins sont hermétiquement closes et les filières commerciales sont anéanties », écrivent ces mouvements citoyens dans ce document.

Les organisations accusent également les élus nationaux de s’être enfermés dans un « mutisme coupable » face à la crise sécuritaire et humanitaire qui secoue le Sud-Kivu.
Selon elles, aucune pression politique sérieuse n’a été exercée sur le gouvernement afin d’obtenir des solutions concrètes pour les populations affectées par les violences et les déplacements.

« En choisissant l’indifférence et en se cachant derrière leurs bureaux à Kinshasa loin de la souffrance de leur peuple, ces députés font du mandat représentatif une rente de situation, un fief d’oisiveté dorée dans une complicité inquiétante. Et ces vacances parlementaires, sont-elles consacrées à la pérégrination diplomatique, aux villégiatures ostentatoires, pendant que Bukavu et leurs fiefs électoraux respectifs suffoquent ? « , ont-ils déclaré.

Et de lancer : « chers députés, le peuple du Sud-Kivu ne vous a pas élus pour que vous muiez en figurants silencieux du drame national. Il vous a investis pour être ses messagers declaavisés, ses yeux et sa bouche afin de porter« 

Dans leur déclaration, les mouvements citoyens s’attaquent aussi au débat sur la révision ou le changement de la Constitution. Ils accusent le président Félix Tshisekedi et son camp de vouloir exploiter la guerre dans l’Est pour prolonger le pouvoir au-delà des délais constitutionnels.

« Sous l’égide d’une rhétorique fallacieuse, on tente de transformer la tragédie du Kivu en prétexte pour proroger indéfiniment un pouvoir aux abois. On invoque la guerre pour différer les délais constitutionnels qui prescrivent les élections générales en 2028 et tenter de légitimer un troisième mandat déguisé et anticonstitutionnel », dénoncent-ils.

Les signataires jugent indécent et subversif d’engager une réforme constitutionnelle alors que l’intégrité territoriale du pays reste menacée et que des millions de Congolais vivent encore dans des conditions précaires à cause de la guerre.

Face à cette situation, les mouvements citoyens exigent des députés nationaux du Sud-Kivu une prise de position publique contre toute initiative constitutionnelle qu’ils considèrent comme une diversion politique.

Ils réclament également un contrôle parlementaire sérieux, permanent et indépendant sur la gestion de la crise sécuritaire, humanitaire et économique dans la province, ainsi qu’une transparence totale sur les fonds publics et aides mobilisés en faveur du Sud-Kivu depuis le début du conflit.

Les organisations appellent enfin les élus à retrouver la noblesse du mandat parlementaire en redevenant des porte-voix des populations meurtries par la guerre.

« Le peuple se souvient. Le peuple documente. Le peuple jugera », conclut la déclaration signée notamment par la LUCHA, Filimbi, Front Citoyen, Génération Z RDC, Parlement de la Rue, Non Violence Academia et plusieurs autres structures citoyennes du Sud-Kivu.

Yannick Ekutshu

À la une

Également sur Actu 30